Textes courts , récits, haïkus, greguerias, récents ou plus anciens, inédits...ou pas. Parution irrégulière selon l'humeur du moment... mais 100% Copyright Géo Daszner. Abonnez vous ci-dessous pour recevoir les parutions par mail, ou suivez moi sur twitter @geodaszner.
samedi 21 novembre 2020
Attendez que je me rappelle...
mercredi 11 novembre 2020
Regard oblique, le sourire aux lèves, j'avoue que j'ai vécu :le sortilège espagnol, miracle de la rose dans le jardin des mots; la dimension cachée dans la brume électrique, juste après la pluie; le cauchemar climatisé, condition de l'homme moderne.
samedi 31 octobre 2020
MISE AU VERT
Trois années saisonnières dans la soute d’un chêne rouvre
A respirer les brindilles saoules tombées par terre
A inventer des proverbes végétaux
A ne pas penser plus haut que la mousse
Trois hivers en plein mélange de flocons et de duvet rescapé des pigeons voyageurs en congé sabbatique
Trois printemps de bourgeons et d’oiseaux noirs coupant court aux combats d’insectes risque-tout..
Trois étés de sagesse à attendre que les sources remontent en silence jusqu’à la bouche.
Trois automnes sans autres nouvelles de l’hémisphère opposé que le bruit de la sève qui reflue dans les racines crevant le granite.
Trois années à ne pas commettre d’impair
Entre l’homme, et l’arbre, comme l’enfant, ici-bas.
samedi 26 septembre 2020
Mon oeil
L'après-midi,
dans le métro. Comme d'ordinaire, je suis monté dans la voiture de queue. Ma
caméra vidéo s'appuie bien en évidence sur mon bras gauche. En manière de repérage,
je me suis contenté de laisser la rame défiler devant moi. J'en ai examiné le contenu et me suis assuré
des intentions réelles des voyageurs à mon égard. D’une seule main, j'ai noté
précisément leurs réactions sur un morceau de papier quadrillé. Je
revisionnerai les images cette nuit, la transcription de ce contexte ne sera
pas de trop pour effectuer toutes les analyses et comparaisons indispensables pour y
cherche la constance et la répétition, et pouvoir en tirer des renseignements
fiables sur leur univers étranger…
( je filme des comédiens-malgré-eux.)
Je ne
fais aucun effort pour me dissimuler. Dès que je passe l'oeil au travers de mon
viseur-témoin, les passagers se savent observés. Je vois ces cadres moyens, ils
redressent la tête, s'accrochant à leur stylo plume plaqué argent, ils essayent
d'improviser leur propre rôle, et ces employés aux écritures qui ouvrent leur
serviette, compulsent des feuillets vierges, de retour de la Préfecture. Mais
aucun d'entre eux ne maîtrise son propre personnage. Ils sont empruntés,
gauches, tels des harengs surpris hors de l'eau : des acteurs
professionnels, sans prétention de naturel, y seraient beaucoup plus crédibles.
J'interromps un instant mon tournage., le temps de laisser passer un monsieur
aux cheveux blancs qui vient s'asseoir tranquillement en face de moi. Il doit
bien avoir soixante-dix ans.
( je filme des tickets froissés, des fausses notes, des
chaussures qu'on écrase)
Sur un
strapontin, je cadre un gamin rigolard. Il s'assène des coups de parapluie sur
le crane. Il répète "pan la tête!" "pan la tête!" sans
arrêt, puis "bim boum", "bim boum". Il finit par se
convertir aux "aie, aie, aie", plus sobres. Ces manières enfantines qui paraissent des
cabotinages réglés dans les moindres détails sont l'expression du naturel le plus spontané.
Elles m'interdisent de mettre en scène des enfants. Ce soir, j'effacerai ces images,
une par une.
Seul,
j'ai parcouru des kilomètres de bande magnétique. J’ai enregistré tout ce que j’ai
vu Je n'ai fraternisé avec aucun de ceux
qui occupent le devant ma scène. Je crois que j’ai cherché l'endroit où je
pourrai enfin vivre un jour.
( je continue de filmer. Discrètes, les portes s'ouvrent, se
ferment )
Depuis
cinq minutes , le septuagénaire me fait face. Il semble esquiver sans le
moindre effort la fonction d'objet que lui assigne ma présence, caméra au poing
: il reste rigoureusement immobile. Il craint d'offrir prise -je l’imagine- à
un complot cinématographique, où sa personne servirait de détonateur à de
nombreux crimes crapuleux filmés en noir et blanc. Mais ses yeux sont vides.
Ils fixent le haut de ma cravate rayée. Comme pour en extraire la couleur.
Serait-elle nouée de travers ? Je déteste être observé avec cette intensité. Il
n'a pourtant rien à craindre de ma part. Je n'ai pas l'intention de
l'embobiner. Je n'ai l'intention d'embobiner personne. Je collectionne
simplement des images, sans préjuger de leur contenu. En amassant les multiples
portraits du hasard, je trouverai le plan qui m'offrira d'un coup la clef de
leur monde pourri d'incertitudes.
( je filme les voyageurs qui grognent, les clochards
endormis, les filles coiffées d'un nœud en soie dans leurs cheveux. Des
danseurs de hip-hop verts en perdition
s'écrasent dans les escaliers. Des
chiens d'aveugles égarent leurs maîtres dans les couloirs de République. )
( j'enchaîne les quais pris à l'enfilade, les gros plans de
crânes rasés ou de nez en trompette, les files d'attente filmées à
rebrousse-poil. Et ce vieil homme ?.. Non. Pas lui. Il apparaît de temps à autre, indifférent en bordure du champ de la caméra. Son regard
ne cesse de se promener sur mes chaussures, ma ceinture de cuir. Mes genoux de
pantalon sont en polyvinyle noir. Je ne saisis pas quelle signification
psychanalytique il peut trouver à leur esthétique. S'il avait rendez-vous avec
moi, je m'en souviendrais . )
Les voyageurs s'amusent à abandonner la rame.
Ils nous laissent seuls au milieu de la voiture de queue. Elle se transforme,
un peu à regret, en arène de fortune. Ce vieillard aux yeux sans fond est mon
adversaire. Un double motif de rides figées couvre son visage où aucune haine
n'est lisible. Rien n'accrédite la thèse d'une vengeance individuelle ou
collective. Il ne suggère d'aucune manière que mes acteurs involontaires, ou
des membres de leur famille, se soient enfin décidés à se retourner contre moi.
Le
terminus approche. Le duel est inévitable. Pourtant, considérer le vieil
homme comme un ennemi aux intentions malveillantes serait exagéré, tant il
semble peu concerné par l'issue du combat. Il est simplement là, présent.
Les
derniers passagers s'enfoncent sur le quai. Nous voilà livrés l'un à l'autre...
Advienne que pourra. J'attaque le premier. Autant profiter une fois encore de
l'effet de surprise.
Je braque
la caméra droit dans le regard du vieil homme. Rétine contre objectif. Ses iris
tous ronds sont inertes, mais fermes. Ils narguent mon passé d'imposteur
électronique., expert au maniement du cinéma à la façon d'un amour postiche. Je
reste derrière mon viseur.
Les yeux
clairs ne sont même pas inquisiteurs. Qu'ils cessent de fixer cette caméra! Ils
ne prêtent pas attention aux contractures qui cisaillent soudain mon visage, comme
celui d'un homme ordinaire. Les habitudes qui me tiennent lieu de sang-froid,
cette frénésie de capture d'images, commencent à m'échapper par ses prunelles
désertes, comme aspirées par deux tunnels vides, filmé à jour.
Refuser encore un
instant de céder à l'horreur que m'inspire maintenant toute cette perpétuelle
mise en scène me procure encore la satisfaction du devoir accompli. J'ai joué aux images avec la réalité. La voilà ici,
contrant mes meilleures, mes seules armes avec cet homme, avec sa présence brute,
débarrassée des illusions de la volonté, de la fausse pudeur. Contre lui,
contre eux, pas de cinéma qui tienne.
Les deux
regards sont rivés l'un à l'autre. La sensible faiblesse de l'instrument laisse
présager pour notre lutte une issue empreinte de lassitude.
La caméra
résiste une dernière fois. Puis elle retombe, épuisée, mise en fuite. La rame
stoppe, à n'importe quelle station.
Je descends à pied.
J'abandonne l'appareil de prise de vues comme s’il ne m'avais
jamais appartenu.
Je me rends, je quitte l'archipel isolé des observateurs, je m'incorpore de force à mes anciennes proies du côté vivant de l'objectif.
A mon tour, j'éprouve
la peur lisible du prochain retour à une existence privée d'artifices.
Je vais jouer mon
rôle. Comme un pantin mis a nu, je vais agiter les mains, remuer la bouche,
sans savoir d'avance ce que diront mes gestes et ma voix. J'aurais tant voulu
regarder jusqu'au bout.
J'espère...
J'espère
que nul ne collera son oeil au viseur d'une caméra oubliée. Je ne veux pas être
filmé dans ce monde approximatif. Je le jure, il ne sera jamais le mien.
dimanche 13 septembre 2020
samedi 29 août 2020
METAL
Entre les deux, en son déshabillé jaune de lampes au sodium, retentissant des échos assourdis du laminoir voisin, le vieux haut-fourneau est plus un alignement à lui seul.
De la tréfilerie jumelle monte comme un chant du cygne .
On vient de traire hors du ventre des convertisseurs la dernière poche d'acier en fusion, dont la lueur épaisse comme un coup de sang éclaire encore douloureusement toute la ville, depuis les fenêtres inoccupées de la Bourse du Travail jusqu'à l'immense dégagement rectangulaire des huit hectares de parking à voitures, bitumé comme une pierre tombale sur l'emplacement rasé de puis dix ans de l'avant dernière aciérie.
Comme pour consommer leur divorce forcé d'avec les prises de courant triphasé, les ouvriers ont étendu l'obscurité dans le grand atelier commun. Dehors, au bout de sa chaîne de traction, un chariot emporté par son élan grince sa rouille dans un mouvement que, en comparaison , en parait perpétuel.
Le vent chasse devant lui les restes du coke réduit en poussière, qu’on voudrait consumé jusqu'aux cendres, jusqu'au mâchefer, dans la communion de l'acier.
Le long des cités basses et calfeutrées, les enfants détournent leur regard des hangars vides serrés contre les rails des embranchements industriels.
Les locotracteurs de l'usine, diesel en marche arrière pour ne pas pourrir de honte, ont achevé leur chemin de fer, se sauvant au delà de la gare de triage. D'autres chaînes grincent sur d'autres tons, et poutrelles, rivets, boulons, prisonniers, solidaires les uns des autres, n'en peuvent plus d'attendre la fin.
Une colonne d'ouvriers, referme le portail sur ses gonds. Malgré le contremaître qui veut laisser la grille entrouverte, ils décident tous ensemble de cadenasser derrière eux les bruits qu'on entend encore à l'intérieur de l'enceinte: c'est comme un infarctus de grincements, une plainte de chutes libres, de chocs métalliques.
Dans cette obscurité non feinte, au coeur de l'usine, un retardataire tord, comprime, écrase aveuglément sous son marteau de forge, le cadre d'acier, les roues en fer d'une antique bicyclette . Il accroche cette sculpture à la poutre maîtresse qui fuse à travers l'atelier , nouée comme une crucifixion solitaire.
Puis il part à la poursuite d'une issue de secours.
mercredi 19 août 2020
CONFLIT ROUTIER
Répondeur
J'ai conservé le message, qu'elle a laissé, ivre, sur mon répondeur depuis un dîner de mariage quelque part dans le midi. «Tu ...
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J'ai conservé le message, qu'elle a laissé, ivre, sur mon répondeur depuis un dîner de mariage quelque part dans le midi. «Tu ...


